Passive ou positive ? Choisissez votre maison de demain.

IMG_0203.pngA l’heure où les propositions du Grenelle de l’environnement entrent en application, quelles sont les solutions concrètes pour les économies d’énergies dans la construction ? Force est de constater que le consommateur ne manque pas de labels et d’appellations vers lesquels se tourner, sans compter les noms qui fleurent bon le marketing et les marques déposées. Des noms qui aiment à chatouiller une conscience écologique naissante sans pour autant être explicites. Concentrons-nous sur trois types de bâtiments économiques avec un expert : le bâtiment basse consommation (BBC), la maison passive et la maison à énergie positive. Dusan Novakov, ingénieur suisse, travaille sur ces types de bâtiments en Suisse et en France. Associé aux architectes du Groupe Architecteurs sur le projet Adélie, il a aidé à la réalisation de la première maison positive des Architecteurs également labellisée Effinergie.

Qu’est-ce qu’une maison à basse consommation ?

Pour bien comprendre ce qu’est la basse consommation selon la norme française, il faut connaître la notion d’énergie primaire. L’énergie primaire, c’est l’énergie réellement consommée pour un kWh à savoir votre kWh + l’énergie nécessaire pour le produire et l’amener jusqu’à vous. On mesure la consommation énergétique d’un bâtiment en kWh d’énergie primaire par m² et par an. Aujourd’hui, en France, la règlementation thermique 2005 (RT2005) exige que la consommation énergétique d’un logement n’excède pas 85 kWhep/m²/an. Le bâtiment à basse consommation va plus loin, puisque sa consommation doit être inférieure à 50 kWhep/m²/an (chiffres qui peuvent être adaptés selon l’altitude et la situation géographique). Cette exigence varie quelque peu selon les labels : Minergie (Suisse) et Effinergie (France). Mais ces labels sont difficilement comparables, d’une part à cause des différences de méthodes de calculs et des coefficients, mais également à cause des usages et des surfaces qu’ils prennent en compte. La finalité, cependant, reste la même : réaliser pour l’habitant une maison aux consommations très faibles.

Qu’est-ce qu’une maison passive?

La maison passive va encore plus loin que la maison BBC. Deux labels recouvrent cette appellation : Passivhaus (Allemagne) et Minergie P (Suisse). La consommation d’énergie de chauffage d’une maison passive ne doit pas excéder 15 kWh/m²/an. La consommation en énergie primaire exigée, moins de 120kWhep/m²/an, est quant à elle difficilement comparable avec les standards français et suisses, encore une fois à cause des méthodes de calculs. Les clés pour la réalisation de tels bâtiments sont une isolation très forte et une étanchéité à l’air optimale. Les labels Passivhaus et Minergie P, bien que venant d’Allemagne et de Suisse, sont applicables en France.

Et une maison à énergie positive, qu’est-ce que c’est ?

Les experts, qu’ils soient scientifiques, ingénieurs ou architectes, en sont encore à poser une définition commune. Mais pour schématiser, c’est une maison qui en plus d’être passive produit un surplus d’énergie. Elle subvient à ses propres besoins et même plus via la production d’une énergie renouvelable, le plus souvent solaire. Après se pose la question de l’utilité d’un tel surplus ? Pour le moment les solutions qui s’offrent à l’habitant sont limitées à la vente de cette « surproduction » à EdF, selon certaines conditions. Mais si l’on considère l’avenir et les récentes volontés de promouvoir les véhicules électriques, on se rend compte qu’une maison positive complèterait parfaitement l’achat d’une voiture électrique : l’habitant habiterait sa propre station service électrique. On atteindrait ainsi une autonomie d’énergie quasi-totale et les émissions de carbone en seraient réduites d’autant.

Ce type de maisons autonomes est-il accessible ?

La maison BBC est parfaitement accessible, même en rénovation. En revanche pour du passif ou du positif, cela n’est pour le moment réalisable que sur des constructions neuves. Avec Jacques Allier et Frédéric Myotte, deux Architecteurs, nous avons réalisé et livré la première maison positive labellisée Effinergie. Les techniques de construction sont en perpétuelle évolution mais disponibles. Une telle opération génère obligatoirement un coût, mais facilement surmontable au regard des économies réalisées sur les factures d’électricité et de gaz, mais également des aides de l’Etat et des collectivités locales. Des aides qui concernent également l’équipement en panneaux solaires, ce qui n’est pas le cas en Suisse par exemple. Ce type d’incitation est un bon accélérateur de croissance pour les maisons à énergie positive. Pour ce qui est de la rénovation thermique, à travers le projet Adélie auquel je travaille avec les Architecteurs, Edf R&D et Pouget Consultants (projet lauréat et conduit par la Fondation Bâtiment Energie), nous cherchons à rendre ce type de bâtiment plus accessible en créant un véritable réseau d’améliorateurs de l’habitat.

Marc Feuillant